En 2018, le président de la République française a fixé l’objectif de doubler le nombre des élèves dans le réseau d’enseignement français entre cette date et 2030 (« Cap 2030 »). On ne peut que se réjouir de cette volonté de développer le réseau. Cependant, une telle stratégie nécessite des moyens pour atteindre l’objectif.
L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), établissement public administratif sous la tutelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, a pour mission de gérer et d’animer le réseau des 615 établissements scolaires français à l’étranger. Selon l’article L. 452-2 du Code de l’éducation, elle est notamment chargée « d’assurer, en faveur des enfants français établis hors de France, les missions de service public relatives à l’éducation ».
Aujourd’hui, nous entendons parler d’une ‘crise’ de l’AEFE. Qu’en est-il ?
Alors que l’Etat français a décidé de développer le réseau, en augmentant les effectifs des établissements déjà existants et en ouvrant de nouveaux établissements, le gouvernement a choisi de réduire les moyens financiers destinés à l’AEFE. Ainsi, le projet de loi de finances pour 2026 prévoit de verser à l’AEFE la subvention la plus basse depuis 2009, en diminution de 6 % (25 millions d’euros) par rapport à l’année précédente. La ‘crise’ de l’AEFE est le résultat de ce choix politique. En effet, l’agence se retrouve dans une situation de grave difficulté financière. Elle se voit alors contrainte d’augmenter fortement ses prélèvements sur les ressources des établissements conventionnés (établissements privés signataires d’une convention qui partage la gestion entre le conseil d’administration de l’établissement et l’AEFE, qui bénéficient de l’envoi de personnels titulaires détachés par le Ministère de l’Education nationale français). Mécaniquement, ces prélèvements accrus entrainent une hausse des frais de scolarité payés par les familles. Pour développer le réseau, l’Etat semble vouloir donner la priorité à des « établissements partenaires », établissements totalement privés, homologués par l’Etat pour s’assurer de la conformité de l’enseignement qu’ils dispensent avec les programmes français mais qui ne bénéficient que de peu de soutien matériel de l’Etat et sont donc contraints, pour assurer leur bon fonctionnement ainsi que leur développement, de demander aux familles des frais de scolarité plus élevés et également en hausse.
Le tableau ci-dessous permet de visualiser la progression des droits moyens et d’inscription par année scolaire.

Dans le même temps, le projet de loi de finances pour 2026 prévoit également de diminuer de 4 % (4,48 millions d’euros) par rapport à l’année précédente le montant affecté aux aides à la scolarité (‘bourses’) destinées aux familles les plus démunies pour scolariser leurs enfants dans le réseau d’enseignement français.
Ainsi, pour des raisons financières, il devient de plus en plus difficile pour une majorité et un nombre croissant de familles de faire le choix de scolariser leurs enfants dans les établissements français. Le désengagement matériel de l’Etat français conduit à ne plus permettre à l’AEFE d’assurer pleinement sa mission de service public pour les citoyens français. C’est un choix politique.
Il existe un autre choix politique : celui de garantir à tous les enfants français dont les familles sont établies à l’étranger d’avoir effectivement la possibilité de suivre leur scolarité dans les écoles du réseau de l’AEFE.
Les élections des conseillers des Français de l’étranger sont l’occasion de soutenir ce choix politique en élisant des représentants qui défendront la restauration et l’augmentation des moyens alloués à l’AEFE, permettant aux établissements scolaires français de poursuivre leur développement sans augmentation excessive des frais de scolarité ; des représentants qui défendront également l’accès aux bourses scolaires pour les familles dans l’incapacité de payer les frais de scolarité.
Ce choix politique doit permettre de concilier la mixité sociale dans les établissements scolaires et le développement d’un réseau dynamique, élément important du rayonnement culturel de la France dans le monde.
Les données chiffrées du texte et le graphique sont extraits du rapport fait au nom de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire sur le projet de loi de finances pour 2026 (n° 1906), par M. Philippe Juvin, député à l’Assemblée nationale. Ce rapport a été enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 23 octobre 2025.

